"Nous avançames de quelques pas, vers une grande vitre derrière laquelle, sur plusieurs étages, s'activaient d'autres mots. Par leur manière de s'agiter perpétuellement et en tout sens, on aurait dit des fourmis.
- Et ceux-là, tu t'en souviens ?
Mon air désolé lui donna la réponse.
- Ce sont les verbes. Regarde les, des maniaques du labeur. Ils n'arrêtent pas de travailler.
Il disait vrai. Ces fourmis, ces verbes, comme il les avait appelés, serraient, sculptaient, rongeaient, réparaient ; ils couvraient, polissaient, limaient, vissaient, sciaient ; ils buvaient, cousaient, trayaient, peignaient, croissaient. Dans une cacophonie épouvantable. On aurait dit un atelier de fous, chacun besognait fénétiquement sans s'occuper des autres.
- Un verbe ne peut pas se tenir tranquille, m'expliqua la girafe, c'est sa nature. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre, il travaille. Tu as remarqué les deux là-bas, qui courent partout ?
J'ai mis du temps à les repérer, dans le formidable désordre. Soudain, je les aperçus, "être" et "avoir". Oh, comme ils étaient touchants ! Ils cavalaient d'un verbe à l'autre et proposaient leurs services : "Vous n'avez pas besoin d'aide ? Vous ne voulez pas un coup de main ?"
- Tu as vu comme ils sont gentils ? (...) Et maintenant, à toi de jouer. Tu vas construire ta première phrase.
Et il me tendit un filet à papillons."
Erik Orsenna, La grammaire est une chanson douce, Stock, 2001, p. 106-107
Mot clé - Livres
jeudi 3 juin 2010
Le diplodocus grignote la fleur
Par vevericka le jeudi 3 juin 2010, 11:42 - FLE
dimanche 21 juin 2009
Syngué sabour : pierre de patience
Par vevericka le dimanche 21 juin 2009, 13:54 - Perso
Atiq Rahimi
Dans la mythologie perse, il s'agit d'une pierre magique que l'on pose devant soi pour déverser sur elle ses malheurs, ses souffrances, ses douleurs, ses misères... On lui confie tout ce que l'on n'ose pas réveéler aux autres... Et la pierre écoute, absorbe comme une éponge tous les mots, tous les secrets jusqu'à ce qu'un beau jour elle éclate... et ce jour-là, on est délivré.
Résumé : Un homme, atteint d'une balle dans la nuque, dans le coma, reçoit les soins et les paroles de sa femme. Elle lui en veut de l'avoir sacrifiée à la guerre et ce qu'elle lui dit sans retenue la libère peu à peu de l'oppression conjugale, sociale et religieuse, l'incitant à révéler d'impensables secrets dans le contexte d'un pays tel que l'Afghanistan. Prix Goncourt 2008.